Sur le plan social, des actions de prévention sont soutenues en collaboration avec les acteurs locaux, notamment dans le cadre du programme communal de promotion de la santé psychique. Des démarches sont également en cours pour améliorer l'accès à des logements de qualité, en particulier pour les personnes vulnérables, et pour accompagner les personnes confrontées à des situations de stress ou de précarité, qui peuvent affecter directement le sommeil.
Ces mesures s’inscrivent dans une vision globale de santé et du bien-vivre ensemble, que la Ville entend poursuivre et renforcer, notamment à la lumière des données scientifiques récentes.

Un taux élevé de troubles du sommeil détecté à Yverdon-les-Bains

En partenariat avec la Ville d’Yverdon-les-Bains, des scientifiques de l’EPFL et de la Haute École d'ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) ont analysé la qualité du sommeil d’une partie de la population urbaine. Le taux de troubles du sommeil obtenu dépasse largement les statistiques nationales.

Quelque 90% de personnes volontaires ayant répondu à un questionnaire psychométrique en ligne présentent des troubles du sommeil à Yverdon-les-Bains. Parmi ces personnes, 15% souffrent également de somnolence diurne. C’est ce qu’indique une étude publiée dans Journal of Affective Disorders menée par l’EPFL et la Haute École d'ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD).

«Ces deux résultats méritent une attention particulière», commente Philippe Voruz, premier auteur de l’étude et postdoctorant au Groupe d'épidémiologie moléculaire géospatiale (GEOME) de l’EPFL, situé au Laboratoire de géochimie biologique (LGB). «Ces troubles du sommeil peuvent être liés à un état de mal-être plus général, comme la dépression, mais aussi à des facteurs externes comme le stress, la précarité, la pollution de l’air ou le bruit du trafic», précise le chercheur, également neuropsychologue et clinicien. L’adhésion de nouvelles participantes et nouveaux participants à l’étude dans les années à venir permettra d’affiner ces résultats.

Problématique nationale

Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), un tiers de la population suisse souffre de problèmes de sommeil. Ce chiffre est en augmentation linéaire depuis 25 ans. L’insomnie chronique coûterait à elle seule 10 milliards de francs par an à la Suisse, alors qu’il ne s’agit que d’un seul type de troubles du sommeil. Une étude similaire à celle d’Yverdon-les-Bains menée dans le canton de Genève entre 2021 et 2023 montre qu’entre 50% et 60% de la population présente des troubles du sommeil. Cette recherche émane du groupe GIRAPH, co-fondé par Stéphane Joost, à l’Unité d’Epidémiologie Populationnelle des Hôpitaux Universitaire de Genève (HUG), maître d’enseignement et de recherche à l’EPFL et co-auteur de l’étude yverdonnnoise.

Sommeil perçu et sommeil réel

Pour Yverdon-les-Bains, les scientifiques ont généré une carte de la ville afin observer la répartition de ces troubles grâce aux adresses fournies par les personnes sondées. Résultat: le problème est uniformément réparti dans la ville et concerne tous les groupes démographiques. Selon les résultats du questionnaire, les quartiers qui présentent toutefois les taux de troubles du sommeil les plus élevés sont aussi ceux qui abritent des populations aux revenus modestes, mal desservis par les transports publics et où le bruit du trafic routier est élevé. «Ces habitantes et habitants indiquent pourtant que leur sommeil est meilleur en comparaison aux autres», commente Philippe Voruz. «Ce sont en réalité aussi celles qui rapportent une plus importante prise de médication en lien avec les troubles du sommeil et dont la latence d’endormissement est plus importante. Cela révèle un décalage entre la qualité du sommeil perçu subjectivement et des mesures plus objectives.»

La carte offre ainsi des perspectives aux autorités communales pour intervenir sur sa population. Elle montre aussi objectivement que les inégalités sociales engendrent des inégalités de qualité de vie qui ont, in fine, un coût sur la santé. La carte aura une utilité complémentaire: lorsque les troubles du sommeil sont liés au bruit du trafic ou à la pollution de l’air, des mesures urbanistiques ciblées pourront être entreprises par les autorités.

Détection précoce

Les scientifiques soulignent que seule la détection précoce des troubles du sommeil permet de réduire les risques de chronicisation. Cette dernière est reconnue comme responsable de risques de cancers, de maladies cardio-vasculaires et de déclins cognitifs. «La prochaine étape pour noussera d’organiser en étroite collaboration avec la Ville d’Yverdon-les-Bains des ateliers d’information et de sensibiliser la population dans les quartiers à risques en fonction des indicateurs de troubles de sommeil. Ensuite, il s’agira de relancer le questionnaire un an plus tard pour évaluer les résultats des interventions. Il y a une méconnaissance sur ce qu’est un bon et un mauvais sommeil (voir encadré). Notre but est donc d’offrir des outils pour que les personnes puissent améliorer leur qualité de vie là où c’est nécessaire», indique Philippe Voruz.  

Plateforme participative

Co-autrice de l’étude, la Ville d’Yverdon-les-Bains est proactive sur le bien-être de sa population en mesurant depuis 2019 l'impact de l'environnement urbain sur l'état de santé de sa population avec un diagnostic territorial santé dans un premier temps, puis, avec la plateforme participative Urbasan, développée par l’EPFL, la HEIG-VD, les HUG et Unisanté. Urbasan est un outil ouvert à toutes les communes désireuses de mettre en lumière ces problématiques.

Au service de la santé publique

L’EPFL a lancé cette année un nouveau Master en systèmes urbains avec une spécialisation «Santé et bien-être en milieu urbain». Cette formation, qui réunit information géoréférencée et données sur la santé et sur l’environnement urbain, permettra aux diplômées et diplômés de mener des projets de prévention en santé publique au sein même des communes, à l’exemple de l’étude yverdonnoise.

Des échanges en vue d’un vaste programme intercantonal de prévention

En conclusion, il est essentiel de rappeler que les résultats observés dans l’étude doivent être interprétés avec prudence. Aucune donnée comparative n’a encore permis d’établir si l’ampleur de ces problématiques est propre à Yverdon-les-Bains ou si elle se retrouve dans d’autres villes suisses de taille et de densité similaires. Des analyses complémentaires seraient nécessaires pour objectiver cette question et mieux cibler les mesures à renforcer.

Ainsi, d’entente avec la Ville d’Yverdon-les-Bains, les chercheurs de l’EPFL ont initié des échanges avec plusieurs villes neuchâteloises et genevoises, en vue de lancer un vaste programme intercantonal de prévention et d’interventions contre les troubles du sommeil.

Bon et mauvais sommeil: l’autodiagnostic

Le Questionnaire PSQI (Pittsburgh Sleep Quality Index) utilisé dans cette étude fonctionne sur la base d’une auto-évaluation. Il mesure la qualité du sommeil sur une période d'un mois. Le PSQI est gratuit et disponible en ligne.

Il permet de mesurer:

  • La qualité du sommeil globalement.
  • La latence d'endormissement.
  • La durée du sommeil.
  • Les perturbations du sommeil.
  • L'utilisation de somnifères.
  • Le dysfonctionnement diurne.

 

Références

Philippe Voruz, Marco Vieira Ruas, Noé Fellay, Noemi Romano, Michelangelo Mussini, Mathieu Saubade, Vincent Faivre, Vincent Gremeaux, Ophélia Jeanneret, Quentin Tonnerre, Marie-Noëlle Domon-Aubort, Dario Spini, Bengt Kayser, Daniel Rappo, Stéphane Joost, "Cluster-specific urban contexts associated with high levels of sleep impairment and daytime sleepiness: Findings from the Urbasan collaborative study", Journal of Affective Disorders, 2025.

Financement

Le premier auteur est financé par des fonds institutionnels de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), obtenus par le responsable de l'étude (Dr Stéphane Joost). Le financement du développement de la plateforme a été assuré par le Secrétariat général à la culture et au développement urbain et le Département des routes et de la mobilité de la ville de Lausanne, le Service des sports et de l'activité physique de la Ville d'Yverdon-les-Bains, le Centre suisse d'expertise en recherche sur les parcours de vie de l'Université de Lausanne (LIVES) et le Centre de santé primaire et de santé publique (Unisanté) de l'Université de Lausanne.

Liens 

GEOME
Media Engineering Institute, Haute école d’Ingénierie et de Gestion, Yverdon, HEIG-VD
Urbasan
Geographic Information Research and Analysis in Population Health (GIRAPH), Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)

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